Acte I
L'ouverture de La Quête de Falta : Paris, la mort de Désirée, et les premiers pas de Falta seule dans la rue.
Ouverture
Un montage visuel présente Paris : l'entrée de la ville de jour, ses marchands, le passage des jours et des saisons, jusqu'à la nuit tombée. La caméra s'élève alors sur la cathédrale vue du dessus, qui ouvre sur la scène 1.
*Sans chant.*
Scène 1
Paris, fin du XIXᵉ siècle. Un grand parvis désert, pavés humides et luisants, façade et tours de pierre grise, dernière lueur du couchant. Falta accompagne sa mère, Désirée, faible et malade, à la cathédrale. La trouvant fermée, elle cherche un endroit chaud où la faire reposer. Elles descendent vers les quais de la Seine ; Désirée n'y arrive plus, s'éteint au bord de l'eau. Falta reste seule — la quête commence.
Désirée : De mon corps et de mon âme ne sort que souffrance.
Désirée : Je sens ma vie qui brûle dans mon corps et mes sens.
Désirée : La vie n'est plus crédule.
Désirée : Elle s'essouffle un moment.
Désirée : Voici la mort qui hurle, attendant son instant.
Falta : De mon cœur et de mon âme ne sort que tristesse.
Falta : La nuit s'abat sur nous, elle éteint la lumière.
Falta : Ta vie qui fuit mon cou, mon étreinte si sincère,
Falta : Et la mort qui t'avale, elle vient prendre ma mère.
*Duo : Désirée répète la fin des phrases de Falta.*
Falta : Sa vie si fragile.
Désirée : Si fragile.
Falta : S'est éteinte en elle.
Désirée : En elle.
Falta : Me voilà seule ici.
Désirée : Ici.
Falta : Sans mes souhaits éternels.
Désirée : Éternels.
*Le duo devient simultané, avec une rythmique différente.*
Falta : Ne pars pas dans ce monde-là-là, reste encore avec moi-moi.
Désirée : Je pars là-bas.
Falta : Ne pars pas dans ce monde-là-là, reste ici-bas avec moi-moi.
Désirée : Je pars ici-bas.
Falta : Ton absence n'est que souffrance, j'en implore la pénitence.
Désirée : Ma délivrance, A. A. A.
Falta : Qu'elle m'apporte la délivrance.
Désirée : Ma délivrance…
*Désirée ralentit beaucoup au niveau rythmique, puis n'intervient plus : elle s'éteint dans la scène, elle meurt.*
Falta : De mon corps et de mon âme ne sort que tristesse.
Falta : La nuit s'abat sur nous, elle éteint la lumière.
Scène 2
Falta se promène seule sur les quais de la Seine, regardant le reflet de la lune et des lanternes sur l'eau, la mélancolie la traverse.
Falta : Je me promène sur la route égarée.
Falta : En me disant « il faut t'arrêter ».
Falta : Je m'assieds sur ce banc éclairé.
Falta : C'est le moment de me la flamboyer.
Falta : La vie c'est comme ça, il faut comprendre.
Falta : L'existence est le là, il faut l'attendre.
Falta : Et on rit, on pleure, on vit, voilà notre malheur.
Falta : On rit de notre sort.
Falta : On rit de notre mort.
Falta : Maman, sans avenir, ils ne restent que mes souvenirs.
Falta : Je n'ai plus qu'à partir et à me laisser mourir.
Falta : Me voilà seul chez moi.
Falta : Moins l'être qui ne demande pas ça.
Falta : Les personnes pour m'accueillir, juste ma tête et mes souvenirs.
Falta : La vie c'est comme ça, faut comprendre.
Falta : L'existence c'est le là, faut l'attendre.
Falta : La vie, un rôle, souris et sois drôle.
Falta : On rit de notre sort, on rit de notre mort.
Falta : Maman,
Falta : Son avenir, il ne reste que mes souvenirs.
Falta : Son âme est partie, la mort me l'a prise.
Falta : Me voilà dans cette rue.
Falta : Avec ceux qui ont tout perdu, les voilà engueunis.
Falta : Pieds nus et sans espadrilles.
Falta : La vie c'est comme ça, faut comprendre.
Falta : L'existence c'est le là, faut l'attendre.
Falta : Ils rient, ils boivent, ils prient et sonnent l'alarme.
Falta : Au espoir, reviens-tu ?
Falta : Pour ceux qui ont tout perdu.
Falta : La flamme du bonheur revient dans nos cœurs.
Falta : Il faut repartir pour construire son avenir.
Scène 3
Deux enfants : Regarde qui voilà
Deux enfants : Regarde cette fille-là
Deux enfants : Regarde qui voilà
Deux enfants : Regarde cette fille-là
Deux enfants : Quelle est pauvre cette fille
Deux enfants : Que l'on voit en guenille
Deux enfants : Si frêle si maigre en soit
Deux enfants : Qu'elle suscite mon dégout
Deux enfants : Quelle est pauvre cette fille
Deux enfants : Que l'on voit en guenille
Deux enfants : Si frêle si maigre en soit
Deux enfants : Qu'elle suscite mon dégout
Deux enfants : Elle titube, elle tombe
Deux enfants : Qui se cache derrière son ombre
Deux enfants : Elle s'enfonce dans le sol
Deux enfants : Sans doute est-elle ivrogne
Deux enfants : Nos pères sont fiers de nous
Deux enfants : De ne pas rester sans sou
Deux enfants : Nos mères sont derrière nous
Deux enfants : Pour ne pas se mettre à genou
Deux enfants : Elle qui n'a plus de mère
Deux enfants : Elle mérite la misère
Deux enfants : On lui indique le seuil
Deux enfants : Qu'elle rejoigne son cercueil
Scène 4
Enfants riches : Ne joue pas avec nous, toi la sans-sous
Enfants riches : Qui joue les sansues et garnies de poux
Enfants riches : Pauvre et si maigre, si toi l'être sans-vie
Enfants riches : Le vice est bien aigre, l'ogre et l'être maudit
Enfants riches : Ne sèche pas tes larmes, à l'âme décharné
Enfants riches : Qui cache son visage, son manque de beauté
Enfants riches : Pauvre et si maigre, si toi l'être sans-vie
Enfants riches : Le vice est bien aigre, l'ogre et l'être maudit
Enfants riches : Ni mots ni paroles, es-tu un fantome ?
Enfants riches : Ou bien, muette ? De tare aux maux du monde !
Enfants riches : Pauvre et si maigre, si toi l'être sans-vie
Enfants riches : Le vice est bien aigre, l'ogre et l'être maudit
Enfants riches : Ne joue pas avec nous, toi la sans-sous
Enfants riches : Ne reste pas ici, sur notre territoire
Enfants riches : C'est ainsi, nous ne souhaitons pas te voir
Enfants riches : Chasse est ouverte quand la misère s'absout
Enfants riches : C'est comme ça, nous les pauvres on les méprise
Enfants riches : C'est pour ça qu'on les chasse à notre guise.
Scène 5
Enfants pauvres : Que fais-tu la solitude, solitude
Enfants pauvres : De ton mal, la servitude servitude
Enfants pauvres : Tes biens, ton offrande, allège ton chagrin
Enfants pauvres : Le poids de tes maux, s'envole tout au loin
Enfants pauvres : Si lourd tous tes mots, ils nous convainquent pas
Enfants pauvres : De laisser tes lots, à nous les parias
Scène 6
Falta : Certainement pas et certainement pas.
Falta : Ils sont souvenirs de celle qui fut là
Falta : Certainement pas, c'est toute ma vie
Falta : Souvenirs du passé qui m'a bien trahi
Falta : Mon destin, c'est bien de le préserver
Falta : Les souvenirs m'assurent les futurs étés
Falta : Que je préserve tous mes biens, j'en suis sûr
Falta : Permet d'affronter le monde du parjure
Falta : Si seule je parais, j'assure, je ne le suis
Falta : Car c'est bien dans mon cœur mûr que je lis
Falta : À ces doux regrets d'enfant qui me suivent,
Falta : Accompagnent le temps des malheurs, qu'ils vivent !
Falta : Alors va-t-en, toi, la douleur !
Falta : Reflet d'une société immonde,
Falta : Riche ou pauvre, ce manque de chaleur
Falta : Que l'absence de pitié inonde
Falta : Alors va-t-en, toi, le fléau !
Falta : La grande pauvreté qui progresse
Falta : Un grand mal que ces blessants mots
Falta : Qui s'agitent dans ces bouches sans cesse
Scène 7 — La naissance du courage
Falta : La vie n'est pas facile
Falta : Peu de gens avec moi docile
Falta : La rue pour l'humain une triste fin
Falta : Et pourtant, pour moi, pas de chagrin
Falta : D'être né ou de vivre ici, ni regret d'une vie passée
Falta : On m'a délaissé pour qu'un jour une femme s'occupe de moi
Falta : M'apprenne à survivre dans cette ville-là
Falta : Désirée, tu m'as toujours suivi
Falta : Quand je travaillais comme un forçat jour et nuit
Falta : Elle me donne chaque jour ma pitance pour ne point mourir de souffrance
Falta : Elle savait trouver le réconfort au travers de mots durs
Falta : Suscitant tous mes efforts, mon courage, mon dévouement sûr
Falta : Parce que ma mère m'a abandonné, elle fut la seule que je reconnais
Falta : Parce que j'étais une paria, en Désirée, seule, je crois
Falta : Si ma vie n'est pas si facile, je le dois seulement à ma famille
Scène 8 — Confessions
Falta : Lorsqu'un été j'avais 5 ans
Falta : Je fus trouvée près d'un étang
Falta : Un jour de pluie mais à souhait
Falta : Je fus bénie par Désirée
Falta : Esclave d'un temps, esclave d'antan
Falta : Cherche la pitance et la clémence
Falta : Pour bien manger les poubelles des riches quartiers
Falta : Apportent aux écuelles de gourmands mets
Falta : Esclave d'un temps, esclave d'antan
Falta : Un jour servante le reste pénote
Falta : Pas si libre sans pièce ni gîte
Falta : Sans protection, une vie qui se délite
Scène 9 — Travail forcé
Falta : Qui est cette jeune fille, toute seule et sans famille
Falta : Frêle et maigre en guenille
Falta : Voilà un beau cadeau
Falta : Qui sont ces hommes ?
Falta : Pour faire nos travaux
Falta : Que dit-il en somme ?
Falta : Toutes nos basses besognes
Falta : Qui sont ces hommes ?
Falta : Seront faites par cette none
Falta : Que dit-il en somme ?
Falta : Jamais, jamais
Falta : Jamais, jamais
Falta : Vous n'aurez cette chance
Falta : Si pure et innocente, elle passe pour charmante
Falta : Nous ramènera les sous pour un toit et des habits
Falta : Dépendante du manger, elle ne pourra vivre sans nous
Falta : Ne se mettra pas en danger, elle se mettra à genoux
Falta : Jeune fille, travaille pour nous, tu auras la gloire et l'argent
Falta : Rêvez, rêvez messieurs, rêvez, rêvez messieurs,
Falta : Rester en esclavage, bien que mon âge vous trompe
Falta : Jamais je ne serai à votre compte, jamais je ne serai à votre compte
Falta : Libre, libre je le resterai, si pauvre est la condition
Falta : Je l'adopte sans option, et libre je resterai, libre, je mourrai
Falta : Sans condition, cette proposition, si seule tu préfères rester
Falta : Sans condition, cette proposition, la mort tu vas la rencontrer, la mort tu vas la rencontrer
Falta : Tu n'as qu'une option, nous suivre sans façon, tu n'as qu'une option,
Falta : Seule, tu es à nous maintenant, pour travailler dans le tourment
Scène 10 — Rencontre
Julianna : Mais qui est là ? Qui est donc allongé ici-bas ?
Julianna : Qui est donc cette jeune fille qui est si maigre et frêle,
Julianna : Si pâle, elle semble dormir, sans doute est-elle inconsciente.
Julianna : Ô malheur, elle est peut-être morte.
Falta : Je suis faible, si fiable à mon secours…
Julianna : Ô secours, ô secours, ô secours…
Julianna : Aidez-moi, aidez-moi, il faut la porter, l'emmener chez moi, pour la soigner.